Newsletter juin 2026

Edito – Une page se tourne…

Avec le départ de Laurent Thorigné, ce sont 20 ans d’amitié, de compagnonnage missionnaire et d’aventures palpitantes avec nos jeunes qui laissent la place à une nouvelle étape de croissance de la mission ACAY à Marseille et, malgré la tristesse de la voir partir, je m’en réjouis.

Du jeune étudiant en sciences politiques, athée, venu aux Philippines à la découverte d’une mission auprès de la jeunesse en difficulté, à ce directeur qui a posé les fondations d’ACAY en France, j’ai été aux premières loges pour assister à la transformation de ce qu’il est. Il poursuit aujourd’hui plus loin le don de sa vie, et de sa vie spirituelle. Et cette fois-ci en famille. La vie a buriné l’homme, les expériences d’accompagnement des jeunes ont fortifié son espérance, son développement professionnel a affûté sa pensée stratégique et les miracles vécus au cœur des personnes ont ouvert son cœur à la foi et à la patience.

Je me souviens des conférences des premières années où certains professionnels lui lançaient avec un trait d’humour sarcastique peu caché “Alors, à quand un vrai travail ?”. Comme si travailler dans une ONG était un engagement de seconde classe. Au fil des années, Laurent a su prouver le contraire : il a tissé un réseau solide de partenariats et de liens institutionnels qui reconnaissent à ACAY sa valeur ajoutée dans le champ du travail social à Marseille et dans sa région.

Derrière un homme il y a une femme. Merci à Christine d’avoir permis à Laurent de vivre ce qu’il est : un espace de paternité pour la jeunesse. Nous leur souhaitons d’ouvrir désormais l’espace de leur charisme et de leur famille à bien d’autres, afin qu’une multitude goûte à ce don reçu.

Aujourd’hui, en accueillant notre nouvelle directrice, Mme Virginie Héringer-Pashaus, c’est avec une immense joie que nous nous tournons vers l’avenir et les horizons nouveaux qu’elle saura faire émerger. Comme elle me le disait, « J’ai hâte de co-construire avec vous et de remuer les méninges ensemble ! » Alors, que ce nouveau chapitre d’ACAY, et tout spécialement d’ACAY à Marseille, soit toujours plus rayonnant et impactant! Cette newsletter donne la parole à Laurent : il y partage son long cheminement de développement personnel au sein de la mission ACAY.

Sœur Sophie de Jésus

De Manille à Marseille : une histoire d’unité

Je me revois encore débarquant à Manille en juillet 2003, âgé d’à peine 20 ans, sortant de l’aéroport au milieu des bruits assourdissants des taxis et des jeepneys philippins et interpellé par des enfants des rues qui venaient nous accoster dans une chaleur moite. Nous étions 5 amis étudiants en sciences politiques et nous venions réaliser un film sur la mission ACAY Philippines dans le cadre d’un stage d’études. Je me revois également dans le taxi qui me ramenait à l’aéroport de Manille, rempli d’émotions après ces 6 semaines de mission intenses et bouleversantes.

Je ne savais pas encore que ce retour n’était que temporaire et que cette expérience allait changer le cours de ma vie. Je reviendrai moins d’un an plus tard et je passerai près de 10 ans au sein d’ACAY Philippines. Je ne savais pas non plus que cette expérience aux Philippines se prolongerait, à mon retour en France en 2014, par la fondation d’ACAY France et 12 ans d’aventure avec la jeunesse française.

Comment résumer 22 années extraordinaires en quelques lignes? Il y aurait tellement à dire… Mais peut-être que le mot-clé qui me vient correspond également au cheminement d’ACAY depuis 28 ans : une histoire d’Unité. Je partageais récemment avec l’équipe d’ACAY France, lors d’un temps de formation sur l’approche pédagogique d’ACAY, l’histoire de la mission aux Philippines et à Marseille. J’ai été frappé de contempler cette cohérence que Sœur Sophie a su mettre en mots et qui s’est dessinée au fil des années : une cohérence qui nous a façonnés et nous a conduit à devenir ce que nous sommes aujourd’hui.

L’histoire d’ACAY s’est faite à travers ce qui peut sembler être des oppositions : victimes et délinquants, mégalopole et province, pauvreté et richesse, Philippines et France, espérance au milieu du chaos… Mais de ces éléments qui pourraient apparaître contraires, une unicité a émergé dans le rôle d’ACAY auprès de cette jeunesse, du monde judiciaire et social et de la société de manière plus large. Ce travail d’unité de l’organisation ACAY rejaillit également sur les jeunes et les personnes au service de la mission et amène chacun à découvrir ce qui fait qu’il est unique. Je crois que c’est ce qui m’émerveille le plus quand je relis ces 22 ans d’expérience ACAY : contempler au fil des années de mission ce travail d’unité dans ma vie et comment chaque étape vécue dans une écoute profonde de soi et des autres en a amené une autre révélatrice de mon rôle dans ce monde. Être le témoin de tant de vies relevées aux Philippines m’a amené au milieu du fracas des vies brisées à transmettre cette espérance chevillée au corps auprès de la jeunesse et des professionnels à Marseille. Côtoyer ce “gang de sisters” aux Philippines et contempler l’amitié, la joie, la profondeur et la complémentarité qui émanaient de leur communauté m’a amené sur un chemin de croissance spirituelle et personnelle.

M’inscrire dans le temps long et m’enraciner dans des cultures et des milieux différents pour mieux accompagner les jeunes m’a permis de me solidifier face aux difficultés, de découvrir la joie de l’engagement et de la rencontre entre des mondes que tout semble opposer. Et la plus belle des rencontres est certainement celle avec mon épouse, Christine, qui m’a soutenu tout au long de ces années et sans qui je n’aurais pas pu être pleinement ce que je suis. Accompagner la véritable métamorphose des jeunes m’a amené à développer des compétences humaines et professionnelles : la patience, l’adaptabilité, l’écoute profonde et la persévérance étant probablement celles qui m’ont transformé le plus en profondeur. Devenir un espace de paternité pour la jeunesse m’a amené à devenir un espace de paternité pour ma propre famille et mes 3 enfants.

C’est ce travail d’unification dans ma propre vie, façonné au fil de mes années ACAY qui m’amène aujourd’hui à prendre cette nouvelle étape et à partir vers de nouveaux horizons en couple et en famille. Les enfants sont dans la joie de vivre cette nouvelle aventure. En Espagne, à Saragosse, nous porterons en équipe avec mon épouse Christine un parcours d’accompagnement et de formation international pour les familles, les couples et les célibataires avec la communauté du Chemin Neuf. Cette mission sera dans la continuité de celle vécue à ACAY : continuer l’accompagnement et la formation, toujours dans un contexte international mais au service d’un public différent. Certes, la famille ACAY et les liens d’amitié tissés avec chacun et chacune d’entre vous au fil des années à Manille, Marseille et lors de conférences partout en France et en Europe vont me manquer. Mais malgré la tristesse de la séparation, c’est la joie de redonner ce qui m’a forgé et tout ce que j’ai reçu de cette mission ACAY auprès d’autres personnes et dans un autre pays.

Comment ne pas terminer en vous disant MERCI ? Un immense MERCI à Sœur Sophie, Sœur Edith, Sœur Laetitia et Sœur Rachel de m’avoir permis d’être ce que je suis. Merci aux jeunes des Philippines et de France de m’avoir permis d’être le témoin de vos vies, à Georges Renoux, le Président d’ACAY France, au Conseil d’Administration et aux équipes d’ACAY Philippines et Marseille de m’avoir fait confiance, aux partenaires financiers de votre amitié et fidélité, aux partenaires opérationnels de la solidité de nos relations et des risques que vous avez parfois pris à nos côtés, et à chacun et chacune d’entre vous pour tous ces moments et ces échanges qui m’ont construit.

C’est avec beaucoup de joie que je transmets le flambeau à la nouvelle directrice, Virginie Héringer-Pashaus, à cette équipe, Inès, Hugo, Ombeline, Emma, Saran et aux ambassadeurs en qui j’ai toute ma reconnaissance. Avec vous tous et toutes, ils sauront continuer à enraciner cette formidable aventure ACAY dans ses fondamentaux pour mieux la déployer vers de nouveaux horizons. Et continuer à tracer cette histoire d’unité, source d’inspiration et de relèvement pour tant d’autres.

Laurent Thorigné, directeur ACAY France

Bienvenue à Virginie Héringer-Pashaus !

C’est avec beaucoup de joie et d’enthousiasme que je rejoins ACAY France en tant que Directrice. Depuis plus de vingt ans, j’accompagne les organisations et les équipes dans leurs transformations. Mon parcours s’est construit autour des ressources humaines, du management, du développement des compétences et de l’accompagnement du changement, aussi bien en France qu’à l’international. Tout au long de mon parcours, j’ai été animée par une conviction forte : chacun possède des talents et des ressources qui méritent d’être révélés. C’est cette conviction qui m’a naturellement conduite vers ACAY. J’ai été profondément touchée par la mission de l’association, qui accompagne les jeunes vers un nouvel avenir en croyant en leur potentiel et en leur capacité de rebond. Je rejoins ACAY le 6 juillet avec l’envie de comprendre les réalités du terrain, écouter les expériences de chacun et construire ensemble l’avenir d’ACAY. Au plaisir de vous rencontrer prochainement.

Virginie Héringer-Pashaus, future directrice ACAY France


L’empreinte de Laurent : témoignages de celles et ceux qu’il a accompagnés

Au fil des années, Laurent a marqué le parcours de nombreuses personnes. Certains l’ont rencontré à un moment charnière de leur vie, d’autres ont travaillé à ses côtés. Leurs souvenirs et leurs mots racontent, chacun à leur manière, ce qu’il a représenté pour eux.

22 ans auprès des jeunes, ils témoignent…

“Il m’a accompagné dans mes faiblesses, m’a aidé à grandir et m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Laurent a été bien plus qu’un simple accompagnateur : il a été un véritable ami. Il m’a aidé, inspiré et marqué par sa bonté, son humilité et sa simplicité.” Idrisse (ACAY France)

“Il n’imagine pas la force qu’il a pour aider les jeunes à se relever et à devenir ce qu’ils n’auraient jamais pensé pouvoir être. Il a fait de nous des ambassadeurs exemplaires, prêts à accompagner et à relever la jeunesse à notre tour.” Ange (ACAY France)

“Le jour où j’ai rencontré Laurent, ma vie a beaucoup changé. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’avais eu énormément de chance de croiser sa route. J’ai tellement confiance en lui que je lui ai confié des choses que je n’ai jamais dites à ma famille.” Yanis (ACAY France)

“Je l’ai rencontré en prison il y a maintenant 6 ans, et il a joué tellement de rôles dans ma vie : éducateur, coach, employeur, confident, manager, ami… C’est devenu un réel repère. Aujourd’hui, il a une immense place dans ma vie.” Rayane (ACAY France)

“Il nous a toujours considérés comme une famille, et pour cela nous lui en sommes profondément reconnaissants. Il a été une vraie source d’inspiration pour nous.” Rainier (ACAY Philippines)

10 ans de direction à ACAY France, l’équipe raconte…

Quelle est sa plus grande qualité ? “L’écoute. Laurent a une capacité d’écoute impressionnante. Lorsqu’il écoute, il est pleinement présent et prend toujours le temps nécessaire. Il instaure ainsi un climat de confiance qui donne la liberté de s’exprimer facilement.”-Emma, responsable communication (ACAY France)

Un souvenir marquant avec lui ? “Notre premier voyage aux Philippines. Le voir parler en tagalog, retrouver d’anciens jeunes et renouer avec son histoire était très émouvant. Ce moment rassemblait tout ce que Laurent a construit au fil des années : son parcours, son engagement et les vies qu’il a marquées.” -Ines, responsable des programmes (ACAY France)

“Je me souviens de la première fois que je suis allée à l’EPM, en entrant dans la cour, plusieurs jeunes ont salué Laurent, d’autres m’ont interpellée : Mademoiselle, mademoiselle !…, la conclusion d’un de ces appels m’a fait mourir de rire “T’as de jolies sandales !”. -Amycie, ancienne salariée (ACAY France)

J’ai eu la joie de travailler avec Laurent pendant de nombreuses années aux Philippines. Arrivé très jeune, il s’est investi avec une énergie, une générosité et une passion remarquables. Je suis fière de tout ce qu’il a accompli et profondément reconnaissante pour son dévouement, son talent et sa contribution au développement de la mission.” -Sœur Edith (ACAY Philippines)

Un conseil que vous retenez ? “Cette attention à tenir ensemble 2 dimensions interdépendantes : d’un côté, le réel vécu par nos jeunes, leur entourage et l’équipe, un réel très concret, parfois joyeux, parfois difficile ; de l’autre, la prise de hauteur sur ces situations, nourrie par une espérance extraordinaire !” – Ombeline, responsable des partenariats (ACAY France)

Ce qui va le plus vous manquer ? “Sa capacité à prendre de la hauteur dans l’accompagnement des jeunes. Son expérience lui permet d’être juste pour dégager un plan d’action adapté et efficace. Même ses notes sur un paperboard, qui ressemblaient à une carte au trésor, me paraissaient toujours claires.” -Hugo, chargé d’accompagnement

Article écrit par Lili Sall, volontaire en service civique (ACAY France)

ACAY Philippines : La réinsertion….vue et vécue par les jeunes !

Réinsertion, réintégration dans la société, préparation à l’autonomie… combien de fois avez-vous lu dans nos écrits ce lexique d’ACAY, tant il résonne avec notre cœur de métier : l’accompagnement des jeunes.

Vous le savez, notre souci est que leurs passés ne deviennent pas un obstacle trop lourd à cette étape de transition entre la fin de l’adolescence et l’entrée dans la jeune vie d’adulte.

Alors, j’ai voulu sonder comment ces mots-clés de notre jargon vibrent auprès de la quinzaine de jeunes filles de l’École de Vie qui se sont réintégrées en société ces trois dernières années.

Pour elles, la préparation à la réinsertion n’a été ni un long fleuve tranquille ni de vains mots, car pour la majorité d’entre elles, nulle famille n’est là pour les soutenir. Elles savent qu’elles doivent se prendre en main. Lorsqu’elles évoquent leur arrivée au sein de l’École de Vie, elles se décrivent comme craintives, sans voix ni direction, perdues, insécurisées, avec une difficulté à envisager de nouveau de faire confiance à quelqu’un.

C’est en cela que l’École de Vie a été et demeure vitale pour chacune d’entre elles. Elles en font, par leur adhésion au programme, un authentique parcours de croissance et de maturation. Un “chemin en zigzag” dira Jhaycel ou pour Joanna, “des montagnes russes” où se suivent des hauts et des bas, des tournants à prendre et, au-delà de tout… persévérer.

L’apprentissage fondamental : ne plus se décourager, face aux échecs. Elles ne sont plus seules dans cet apprentissage. Et vient le moment de la réinsertion. Le moment où la vie s’ouvre en plus grand. “Ce voyage vers l’autonomie a été pour moi un défi car maintenant tout est sous ma responsabilité : de la gestion du budget quotidien aux choix de carrière, en passant par la solitude des soirs après le travail”, dira Mickaela.

Pourtant, c’est dans ces défis du quotidien que l’autonomie prend tout son sens et que la fierté surgit comme un couronnement des efforts.

Elea prend conscience qu’elle a désormais en elle toutes les capacités pour s’ajuster dans un nouvel environnement et pourra développer ses relations avec des personnes inconnues, en faisant de petits pas, jour après jour.

Vanessa prendra conscience de sa détermination sans faille ; Rain saura surmonter son stress avec brio lors d’un entretien d’embauche et pour entrer en école d’infirmières, Pauleen dira “Cela n’a pas été facile mais maintenant je sais gérer mon budget, mon temps et mes priorités”.

“J’étais inquiète car plus personne n’était à mes côtés pour me guider dans mes décisions. Ça y est, je prends les rênes. J’ai su dire non à une colocataire qui voulait profiter de ma jeunesse. C’est maintenant que je remercie ACAY pour toutes les formations reçues” -Jhaycel.

Toutes mentionneront leur joie d’être capables de subvenir à leurs besoins, espérant un jour pouvoir parrainer une autre jeune fille de l’École de Vie.

Leur réussite est concrète : ce sont Edna, Vanessa, Lovely, Erika, Joanna qui portent leur toque de diplômées d’études secondaires, ou Lovely qui, de bénéficiaire, est devenue formatrice pour d’autres jeunes, Angelane, responsable des nouvelles générations de jeunes filles de l’École de Vie dans leur vie courante ; et Mickaela qui la seconde dans ses journées libres. Les métaphores sur leurs parcours rivalisent de profondeur : “Mon parcours ? Une rivière car j’ai rencontré d’innombrables rochers, mais comme l’eau, j’ai appris à m’adapter.”, “Moi, j’aime la métamorphose du papillon ; j’ai vécu cette transformation intérieure.”, “Pour moi, ce fut un tunnel où mon premier combat a été de ne pas rester dans le passé mais d’avancer et d’espérer.

Aujourd’hui, j’en suis sortie et je suis dans la lumière.”, “Je ne suis peut-être pas la meilleure femme au monde,” conclura Edna, “mais j’ai choisi de m’élever au-dessus de la douleur et de briller à nouveau.” Merci infiniment à chacun d’entre vous d’avoir été à nos côtés pour les accompagner dans cette expérience de métamorphose.

Sœur Sophie, fondatrice ACAY Philippines