UN TREMPLIN VERS L’INSERTION PROFESSIONNELLE

La plupart des jeunes accompagnés par ACAY à Marseille, à leur sortie de détention, ont quitté le système scolaire depuis un certain temps. D’après l’étude de M. Mucchieli*, « 82,5% des jeunes ont posé des problèmes durant leurs scolarités : que ce soient des soucis dans la compréhension, l’apprentissage ou bien des problèmes de comportement et/ou d’assiduité et d’attention en classe (…). Dans 25% des cas, le jeune n’est pas du tout investi dans le projet de sortie ».  Leur implication sur une formation, ou le retour à un cursus scolaire n’est donc pas facile à envisager.  Il s’agit pour ces jeunes de s’investir sur une formation motivante, leur permettant d’aller au-delà du sentiment d’échec qu’ils gardent de leurs expériences passées.

« Le permis c’est comme être libre »

Partant de ce constat, ACAY s’est porté candidat au projet de financement de bourses du permis de conduire de la fondation M6. L’attrait des jeunes pour le permis est important et l’obtention du précieux sésame comme premier diplôme peut les remobiliser, car ils sont souvent en situation d’échec scolaire. Ils doivent dans un premier temps suivre des cours de code en présentiel et en ligne, développer une régularité dans leur apprentissage et mémoriser les règles. Dans un second temps, le suivi de leçons de conduite et l’obtention de leurs examens du code et du permis leur permettent de reprendre confiance en eux, ce qui peut être un levier pour s’investir sur une autre formation.

C’est le cas de Maxime** qui a déjà passé son code : « Conduire et avoir le permis c’est comme être libre, libre d’aller où je veux, quand je veux. Cela me fait revivre et me fait oublier mon passé en détention. Ceci est un autre monde quand on peut se balader sans crainte de se faire arrêter pour quelconque raison liée au trafic de drogue ou autre ». Maxime travaille aujourd’hui comme ouvrier dans le bâtiment (gros œuvre, charpente). « Cela me permettra de pouvoir avancer dans ma vie professionnelle. Le permis m’aidera à pouvoir aller au travail, et cela m’encouragera à ne pas retomber dans la délinquance. Grâce à l’aide d’ACAY et de la Fondation M6, cela est possible et j’espère l’avoir pour évoluer dans mon entreprise ».


« Me sentir utile au sein de ma famille, c’est important pour moi »

Le permis de conduire est également un tremplin vers l’insertion professionnelle. Les difficultés de mobilité peuvent également constituer un obstacle pour l’accès à l’emploi ou à la formation professionnelle. Comme le dit Yanis qui a bénéficié de cette bourse : « J’ai fait une demande d’aide au permis B car je n’ai pas les moyens de me le payer. C’est important pour moi de l’avoir car j’ai voulu déménager loin de Marseille. Là où je vis maintenant, il n’y a pas beaucoup de transports en commun. De nos jours, sans permis, c’est la galère. C’est difficile de se déplacer et je pourrais bouger plus facilement dans le cadre de mon projet professionnel et dans ma vie de tous les jours ». Pour Bilal, l’enjeu du permis dépasse l’insertion professionnelle : « J’ai un grand frère, trois grandes sœurs et trois petits frères, et personne n’a le permis… Avoir le permis me permettrait d’aider ma famille, d’aller à l’école avec ma propre voiture, faire les courses pour ma mère, ramener mes petits frères au foot. Me sentir utile au sein de ma famille, c’est très important pour moi ».

Responsabiliser le jeune

Dans l’esprit de l’approche pédagogique d’ACAY qui vise à responsabiliser le jeune, il s’engage à financer lui-même son permis de conduire, à hauteur de 50 euros minimum. Le jeune doit également justifier de l’utilisation du permis dans le cadre de son projet professionnel, et donc s’engager à ne pas s’arrêter dans le processus de l’obtention de son permis.
Six jeunes accompagnés par ACAY ont aujourd’hui obtenu des bourses de financement du permis de conduire. Deux d’entre eux l’ont déjà obtenu, leur facilitant l’obtention d’un travail.

Nous tenons à remercier la Fondation M6 pour leur initiative dans la mise en place de ce projet, ainsi que l’AMADE, pour leur soutien.


*« La délinquance des mineurs à Marseille. 500 jeunes suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse », Les rapports de recherche de l’Observatoire, N°9 Octobre 2016.
** Le prénom a été modifié.