Shieng : Témoignage de résilience

Shieng nous partage son parcours de résilience pour élever notre esprit en ces temps difficiles. Une histoire inspirante et pleine d’espoirs pour faire face aux épreuves. Elle nous montre comment elle a pu se relever et se reconstruire.

Je m’appelle Shenalyn. Tout le monde m’appelait Shieng à l’École de Vie. J’ai 34 ans et je suis diplômée d’un Master en management de sciences commerciales. Je suis mariée et je vis actuellement à Singapour.

Je suis directrice des finances et des ressources humaines d’une agence de design et de création d’intérieur. Je l’ai créée avec des graphistes, dans la ville de Cebu, aux Philippines. J’aide également à la gestion administrative et financière du cabinet d’architecture d’intérieur de mon mari à Singapour.

Une jeunesse difficile

Mon enfance avant l’École de Vie était impensable. Je suis la deuxième d’une fratrie de 6 enfants. Mon père était un « coureur de jupons », un père irresponsable, violent et incapable d’élever des enfants. Il pouvait nous laisser seuls avec notre mère pendant des semaines, des mois, voire des années. Nous avons vécu exposés, rejetés, dans l’insécurité et dans l’angoisse constante.

Après avoir été accueillis chez mon oncle et sa femme, ils nous ont mis hors de chez eux. Nous n’avions aucun endroit où aller. Nous nous sommes installés dans une porcherie des environs. Ma mère avait rassemblé du carton et du bois afin d’y construire un camp de fortune, avec une bâche en plastique comme toit. Les jours de pluie, nous tremblions de froid. Ma mère a progressivement construit une maison à partir de morceaux de bois et de plastique. Nous travaillions et nous nous aidions les uns les autres. Ma mère faisait en sorte que nous puissions avoir de quoi manger. Ma sœur et moi étions debout à 2h du matin pour faire la queue à la boulangerie du coin et avoir un panier de « Pan de Sal », le pain philippin qui se mange au petit déjeuner, que nous vendions pour quelques pesos dans le voisinage.

Parfois,avec ma sœur, nous ramassions des gobelets en plastique et des déchets dans la rivière, ou dans les poubelles, afin de les vendre en échange de riz. Aussi, nous rassemblions des seaux de sables et de cailloux de la rivière pour les vendre pour quelques pesos. J’étais la plus jeune des meilleurs collecteurs du quartier, métier illégal aux Philippines.

Certains jours, nous étions désespérées car nous n’avions rien à manger. Avec ma sœur Melody, nous sautions à l’arrière d’un bus pour aller dans le plus grand marché de légumes de Quezon city, à Manille. Nous fouillions les poubelles pour trouver des légumes abimés, que nous vendions ou que nous rapportions à la maison pour les manger. 

Mon père était sans emploi, il passait son temps à la maison. Il s’énervait très facilement au moindre bruit d’une cuillère dans une assiette, alors que nous mangions dans le silence. Il nous donnait des coups dans les bras et les jambes. Il frappait ma mère. Il disait que j’étais la plus moche de ses enfants, que j’étais une malédiction pour la famille, et qu’il aurait dû m’étrangler quand j’étais bébé.

Parmi toutes ces situations compliquées, ma mère ne pouvait pas faire grand-chose et faisait ce qu’elle pouvait pour nous protéger. Elle insistait sur le fait que nous devions continuer d’aller à l’école et m’a encouragée à rêver. Elle nous a inculqué des valeurs : ne jamais tricher, ne pas voler ou blesser les autres, même si la vie est difficile. Elle faisait partie des personnes qui ont une compassion sans limites.

Remonter la pente

Venant de cet environnement, on peut s’imaginer comment j’étais enfant. J’étais très débrouillarde et pleine de ressources, brillante, avec de grands rêves et déterminée. Mais je manquais de confiance en moi, pleine de doutes, nerveuse et j’avais du mal à me faire des amis. J’étais brutalisée et j’avais du mal à créer des relations avec des gens. On se moquait de moi.

Bien sûr, ce n’était pas facile. J’ai eu besoin d’un moment où il fallait creuser en moi, pour faire face à l’atrocité de mon traumatisme et de ma honte que j’essayais d’enfouir. Je masquais toutes ces images par des bruits et des sons car je fuyais le silence. En écrivant ce texte, j’en ai les larmes aux yeux.

Je peux être très dure avec les autres et avec moi-même, mais je ne fais pas ça pour montrer que je suis la plus forte.

L’École de Vie a permis de forger des bases à la personne fragile que j’étais. Au fil des années, avec la précision et la douceur d’un potier, et la précision d’un sculpteur, les sœurs, les volontaires et l’équipe ont aidé à réinstaurer ma confiance qui s’effritait souvent.

Au travers des formations et des conférences, l’équipe d’ACAY nous a donné des compétences de vie. Je pouvais entrevoir le futur que je voulais pour ma famille et pour moi.

L’École de Vie m’a montré tant de beauté en l’humanité. Nous sommes tous différents (culture, environnement, classe sociale), mais peu importe, nous sommes une famille.

L’École de Vie m’a donné ce sentiment d’appartenance, de sécurité, et d’être écoutée. Elle m’a appris à être digne, digne d’être aimée et d’aimer. Elle a souligné que je peux atteindre mon potentiel et vivre une vie pleine d’objectifs.

Je détestais mon père et j’avais peur de me confronter à lui. Un jour, lors d’une rencontre avec les familles, mes parents et moi avons eu l’opportunité de parler. C’était très difficile. J’avais tellement honte de leur avouer mes faiblesses et mes peines. Mon père a présenté ses excuses, pour toute la négligence qu’il nous avait fait subir. Ce moment a été une avancée capitale dans ma reconstruction et j’ai finalement compris pourquoi mon père est tel qu’il est. Toute ma famille a accepté de se réconcilier. A partir de ce moment, mon père a changé. Il est même devenu maire de notre village. Je ne lui en veux plus aujourd’hui.

Je sais ce que je veux pour mon existence. La graine a été plantée dans mon cœur, il y a très longtemps lorsque j’ai intégré l’École de Vie. J’ai le désir de devenir une femme d’affaires accomplie, qui aspire à créer des emplois pour des personnes qui souhaitent élever leur famille et réussir leur vie. Elles pourront ainsi retrouver la dignité dans un travail décent, comme c’est mon cas aujourd’hui.

Shenalyn, ancienne jeune diplômée de l’École de Vie.

Un grand merci aux partenaires pour avoir soutenu cette mission. Vous ne nous rencontrerez peut être jamais, mais sachez que vous avez joué un rôle dans le mouvement qui m’a changé la vie, et celle d’autres jeunes en difficulté.